dimanche 29 septembre 2019

Les poètes du Cercle - Harry L. Blackbird

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager aujourd'hui un poème magnifique d'un certain Harry L. Blackbird que certains auront reconnu, j'imagine, sous ce pseudonyme qui fleure bon l'Amérique, la vraie, celle qui nous tend les bras, qui nous fait rêver en technicolor et aux rythmes endiablés du jazz.
Voici donc des alexandrins mélancoliques et superbes de ce poète, qui inaugurera peut-être cette petite rubrique du blog :

C'est un ventre de femme oubliant le Messie,
Un voilier délaissé que les vents ont vaincu,
Tout au fond du ciboire une miette d'hostie
Où Jésus fatigué ne s'incarnera plus.
C'est à la lèvre froide un mégot d'espérance,
L'inutile laisse du chien qui va mourir,
Une fille de chair se faisant souvenir,
Les bulles éclatées du savon de l'enfance,
L'absence.
C'est un soulier usé rêvassant à la route,
Ce piano de bastringue en quête de Chopin,
Au fond de ta mémoire un vieux gosse en déroute
Avec un oiseau muet mort au creux des mains.
C'est un obsédé triste affamé de ta fente,
Un mystique espérant qu'enfin s'ouvre le ciel,
Ce poète paumé boitant vers l'essentiel,
Un rentier maigrichon qui crève sur ses rentes,
L'attente.
C'est l'ailleurs que toujours mes pauvres rimes taisent,
Cet instant de lumière en nos têtes-charbons,
Tout au fond de nos cœurs, les secondes de braise
Que nul ne chantera dans aucune chanson.
C'est ce rien de miracle au creux des galaxies,
C'est un poing d'assassin, des mains comme des fleurs,
Ton rire feuille morte à l'arbre du bonheur
Et ces mots que je donne à ceux qui sont partis,
La vie.

Harry L. Blackbird
Copyright Éditions du Frigo Horrifique

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